Le long détricotage de la RTT et de la loi de modernisation sociale de la « gauche plurielle ».

Préface et mise à jour de l’essai « Réformes démocratiques révolutionnaires ou lamentable Rossinante du réformisme. » (dans Tous ensemble, 2002)

Plan

  1. La RTT

  2. La Loi de modernisation sociale

  3. Démocratie formelle vs démocratie socialiste

  4. Mais au fait comment se fait-il que la gauche plurielle perdit les élections ?

Nous avions annoncés la grave régression sociale, économique et culturelle, à vrai dire nouvellement philo-sémite nietzschéenne, dès le mois de mars 1985 dans un essai intitulé « Les conséquences socio-économiques de MM. Volcker-Reagan et Cie. » (1) Nous avions résumé la mise en place du Welfare State anglo-saxon et de l’Etat social européen durant les années 30 et durant l’après Seconde Guerre Mondiale pour illuminer la mécanique de son démantèlement. Nous avions également souligné la difficulté inhérente à cette attaque contre les conquêtes populaires, les citoyennes et citoyens y étant si attachés que les attaques générales menées de front étaient exclues.

La RTT et la Loi de modernisation sociale de la gauche plurielle représentent un changement épocal des formes du capitalisme avancé au point de constituer ce que nous avons appelé dans un chapitre de Tous ensemble des « réformes démocratiques révolutionnaires ». (2) Après une décennie et demie, ces nouvelles conquêtes sociales, de fait mal comprises à gauche et peu défendues par un PS vite devenu social-libériste, ne sont pas encore entièrement démantelées. Mais c’est bien-là le but des nouveaux philosémites nietzschéens actuels surreprésentés dans tous les partis et groupes d’intérêt ou presque.

Contrairement à Jean Jaurès, les dirigeants transversaux actuels, à tous les niveaux, tentent laborieusement de substituer la science par des narrations (3) simplistes et malintentionnées, y compris par l’exclusion et la censure universitaires. (4) En l’occurrence, et jusqu’à preuve du contraire en reconnaissant le droit de réponse, la science visée ici renvoie au matérialisme historique ainsi que démontré dans mon « Introduction méthodologique ». (5) Or, les deux fondements du matérialisme historique démontrés par l’épistémologie et la méthodologie modernes – au moins depuis G. Vico et E. Kant – tiennent dans la critique définitive de l’exclusivisme et dans la théorie de la valeur de Karl Marx. Sans la première, il ne saurait y avoir aucune égalité humaine, partant aucune démocratie républicaine possible. Sans la seconde, il n’existerait pas de science de l’économie. Cependant, depuis Ed. Burke et F. Nietzsche, ce sont bien ces deux conquêtes historiques des peuples souverains qui sont dans le viseur de tous les réactionnaires philosémites nietzschéens. A la limite, ils accepteraient une démocratie d’actionnaire – nouvellement censitaire – mais en aucun cas la reconnaissance de la souveraineté des peuples et donc la préséance sur la logique du profits des droits universels sociaux et individuels de la personne humaine. Ce qu’ils privilégient est le nouvel ordre mondial de la « gouvernance globale privée ».

Voyons ce laborieux détricotage. Il est fait à l’enseigne des attaques menées contre les constitutions républicaines nées de la Résistance qui affirmaient, entre autres, le droit au travail, à solidarité socio-économique et à la protection sociale ainsi qu’a la dignité humaine.

1 ) La RTT

Malgré quelques reculades la RTT avait changé la donne en matière de gestion économique et de gestion de la force de travail. Depuis les débuts du mode de production capitaliste il fut clair que l’œuvre inexorable de la productivité libérait en continu une partie de la force de travail. Or celle-ci n’est pas automatiquement absorbée par la création de nouveaux secteurs ou de secteurs intermédiaires, dont les bureaucraties publiques et privées, terreaux d’où émergea une partie des « cols blancs ». Aujourd’hui ceci est visible à l’œil nu puisque ces deux types de secteurs deviennent chaque jour plus intensifs en capital. Le chômage de masse incarne la contradiction majeure du mode de production capitaliste, celle qui oppose la surproduction à la sous-consommation. Ainsi le capitalisme apprit très tôt à pratiquer la baisse structurelle du temps de travail pour rétablir sa vitalité en assurant une demande sociale interne suffisante pour compléter l’acquisition de nouveaux débouchés par le partage du monde colonial et impérialiste. On passa ainsi au dimanche férié, puis aux 14, 12, 10 et 8 heures et enfin aux 7 heures de travail quotidien.

La leçon de l’histoire est limpide. Comment ce fait-il alors que les détricoteurs des 35 heures proposent aujourd’hui de substituer cette stratégie capitaliste défensive par son inverse, le « travailler plus en travaillant idiot » tout en précarisant le travail de mur-à-mur ? La réponse est simple dans son principe. Une fois comprise, elle peut être aisément vérifiée dans la complexité des « faits » empiriques le plus souvent falsifiés par les statistiques marginalistes.

Il reste cependant que la théorie marginaliste ne dispose d’aucune théorie scientifique de la productivité à part les économies d’échelle. En assumant que le marché du travail s’équilibre automatiquement, elle est ainsi aveugle aux conséquences de la croissance de la productivité sur l’emploi . Au niveau macroéconomique elle pense que la main invisible fait en sorte que tout besoin appelle une offre en se souciant peu de l’évidence selon laquelle pour être satisfaits les besoins doivent être solvables, de sorte qu’un grand nombre de besoins de base ne le sont pas. (On se reportera ici à ma Note ** de mon Keynésianisme, Marxisme, Stabilité Economique et Croissance, 2005, accessible dans la section Livres-Books de mon site www.la-commune-paraclet.com )

Lorsque le mode de production capitaliste bute sur sa contradiction principale, celle qui fit dire à Marx que le MPC était son propre fossoyeur, sa réaction instinctive n’est pas de répartir les richesses socialement crées au mieux, mais au contraire de régresser du capitalisme libéral, mis à l’enseigne de John Stuart Mill, à une société de domination brute de l’Homme par l’Homme. Il s’agit d’une société au-delà du bien et du mal mais qui est en fait en deçà même de la démocratie libérale et de ses prétentions d’égalité formelle entre citoyens. En Occident, cette régression à fond raciste et théocratique a indéniablement ses bases dans une lecture rabbinico-bukéenne-nietzschéenne de la souveraineté de certaines « races » et de groupes « élus ». Toute l’évolution du droit naturel – il diritto delle genti de G. Vico par ex. – et du droit positif est ainsi remise en cause.

Encore faut-il comprendre comment les nouveaux philosémites nietzschéens s’illusionnèrent de supprimer les cycles économiques conjoncturels – business cycles – par leur New Economy – et plus encore de supprimer la contrainte fatale exercée par la demande sociale. Or, sous la dominance conjointe de la propriété privée et de la main invisible, celle-ci porte inexorablement à un « équilibre des cimetières » donc à une réaction populaire prévisible. Cette régression fut accomplie à la manière des fascistes, c’est-à-dire des premiers philosémites nietzschéens modernes. Ils cherchaient à sauver les privilégiés du système en maintenant la propriété privée menacée du capital mais en tentant de faire abstraction des règles de fonctionnement du mode de production capitaliste.

Ce secret intime du fascisme est besogneusement tu. Surtout par les loges dévoyées. Aujourd’hui peu ou prou elles le sont quasiment toutes en Occident, France comprise. Cette occultation empire aujourd’hui si l’on en juge par la « nouvelle philosophie » et la « nouvelle économie » qui sont des crimes intellectuels consciemment fabriqués et une véritable honte nationale. Cette tentative est fondée sur la suppression des mécanismes d’autocorrection du MPC, et par l’établissement de la spéculation comme norme hégémonique. Cette narration létale renvoie au grand-oeuvre du juif-autrichien von Mises, le conseiller du chancelier fasciste autrichien de l’Anschluss, celui-là même qui malgré sa fuite obligée n’a jamais changé d’avis, au contraire. Elle revoie également à la Chicago University toute pleine de ses disciples tels les juifs-américains comme von Hayek et Milton Friedman, tous provenant des mêmes viviers réactionnaires. En complétant Marx, Lafargue, Hilferding, Lénine etc, j’ai pourtant démontré que le profit n’est pas l’intérêt, ce dernier étant déduit du premier alors que l’inverse n’est pas vrai, et que l’intérêt classique n’est pas l’intérêt spéculatif. Ce dernier en devenant hégémonique phagocyte tout simplement le profit extrait dans l’économie réelle, ce qui mène rapidement à l’inégalité obscène aujourd’hui vérifiée par 99 % de la population. (6)

Au niveau de la force du travail, on tente de dissimuler les dégâts en culpabilisant les travailleurs et les citoyens, selon la vieille recette du péché originel qui exhibe toujours les mêmes racines. Ceci se fait en falsifiant les chiffres du chômage et de la pauvreté. Il suffit en effet de travailler une heure durant la dernière période d’évaluation statistique pour apparaître employé au sens du BIT et donc pour être exclu du pourcentage officiel du chômage. Outre les changements récurrents de définition, le calcul de la pauvreté suit automatique la baisse ou la stagnation générale, étant fixé, par construction, à 60 % du salaire médian ; ceci avec une échelle salariale allant jadis de 1 à 14 mais maintenant passée à près de 1 à 400, une obscénité dénoncée par le grand économiste et citoyen Maurice Allais qui en l’occurrence n’hésitait pas à parler de « bandits » – Trotski pour sa part utilisait le terme de « gangsters ». Encore faut-il souligner que ce niveau ne tient pas compte du patrimoine, c’est-à-dire de l’inégalité accumulée des richesses. Oxfam étonne encore beaucoup de monde par ses chiffres synthèses, ce qui montre bien l’ampleur de la nouvelle mais vraie « trahison des clercs », cette supposée intelligentsia nouvellement amorale et choisie sur mesure.

Le choix est donc bien celui que je dénonce depuis des années – voir déjà mon essai de mars 1985 déjà cité ainsi que mon Tous ensemble . C’est celui du partage de la misère imposée aux travailleurs pour éviter le partage équitable du travail socialement disponible entre toutes les citoyennes et les citoyens. Sans ce partage du travail, il n’existe plus aucune base matérielle pour l’exercice de la citoyenneté, c’est-à-dire pour l’existence de la République comme régime de la souveraine du peuple et des citoyens. De fait, je dénonce depuis le début le choix aujourd’hui vérifiable par toutes et tous d’un retour philosémite nietzschéen vers une société de la nouvelle domesticité et du nouvel esclavage salarial. D’ailleurs, aujourd’hui, les masques tombent du fait du triomphalisme typique mais toujours prématuré des putatifs « maîtres du monde ». Voyez plutôt l’ineffable Piketty, celui-là même qui tenta, avec ses amis bien placés et ne manquant pas de financement, de fabriquer une narration statistique mondiale dans un sens parétien aggravé ; n’écrit-il pas qu’en sacrifiant une petite partie de leurs revenus, le 10 % plus riche peut désormais employer les 50 % au bas de l’échelle comme domestiques ? (7)

Aux niveaux politique et culturel, j’ai déjà démontré où cela mène, c’est-à-dire en clair à la fausse représentation démocratique et à la surreprésentation de quelques uns, en dépit de la Loi des grands nombres. Ceci vaut également au plan scientifique. Ce qui mène au succès de cette stratégie de la médiocrité présentée comme méritocratie mais avec le Marteau nietzschéen comme preuve et attestation ! Ainsi nous assistons au retour à un crétinisme culturellement inné, tartiné large mais institutionnellement imposé. Il suffit de voir les manuels de la « dismal science » et la suppression défensive de la pluralité dans la discipline, avec la surreprésentation de pitres – d’autres disent « agis » – comme les Tirole et autres Cahuc et Cie qui ne savent même pas ce qu’est une fonction de production scientifiquement fondée, mais qui ont par contre parfaitement conscience que leur narration régressive ne survivrait pas très longtemps à un débat public. Bref, ils ne valent pas mieux qu’un vulgaire hypocrite et incompétent G. Ugeux (je renvoie à ma Note 4 ci-dessous.)

En résumé, la loi cadre sur les 35 heures était authentiquement réformiste révolutionnaire car elle réaménageait les trois composantes du « revenu global net » des ménages de manière plus équitable, tout en tenant compte de la productivité microéconomique et de la compétitivité macroéconomique de la Formation sociale française. Le « revenu global net» des ménages inclut le salaire capitaliste individuel, le salaire « différé » – pension, assurance-chômage etc – ainsi que les transferts aux ménages au titre de l’accès universel aux infrastructures et aux programmes sociaux publics. Le travailleur est membre d’une espèce à reproduction sexuée, de sorte que le salaire individuel, ne tenant pas compte du ménage ni de sa taille, il ne saurait représenter une juste rétribution de son travail, indépendamment de la question de l’accaparement de la plus-value par lui produite.

Malgré les attaques idéologiques, la France sous la gauche plurielle restait dans les toutes premières places en ce qui concerne les investissements directs internationaux. L’appartenance à la zone euro, loin de poser problème, garantit la protection de la France face aux attaques spéculatives politiquement et idéologiquement malveillantes. Si les 35 heures étaient payées 37 heures, cet aménagement du temps de travail permit une meilleure rémunération des heures supplémentaires allant de pair avec la réhabilitation du « salaire différé », le tout symbolisé par la quasi disparition du Trou de la Sécu et par la baisse drastique du taux de chômage. Il permit également la réhabilitation des transferts aux ménages sous la forme d’accès universel aux infrastructures et aux programmes sociaux publics. Une sociologie spontanée du loisir émergea très rapidement, signe emblématique de la réussite socio-économique de cette loi cadre, bien que ses effets potentiels furent amoindris par l’introduction de l’annualisation du temps de travail.

Tout ceci fut accompli sans même revoir la dévastatrice définition de l’anti-dumping actuelle, bien que la gauche plurielle ait en son temps intelligemment envoyé l’AMI au panier. Or, ces trois composantes du « revenu global net » des ménages sont au cœur des circuits vertueux du capital permettant l’existence de l’Etat social dans lequel la propriété publique devient la vraie richesse de celles et ceux qui n’en ont pas. Ces circuits tiraient partie de l’épargne institutionnalisée dans les programmes sociaux – programmes contributoires que ce soit par répartition ou par capitalisation. Cette gestion vertueuse était complétée par le cloisonnement des 4 piliers financiers, à savoir les banques de dépôts, les banques commerciales, les assurances et les caisses populaires ou credit unions. De là découlait une séparation empirique permettant de différencier entre monnaie, épargne et crédit, le ratio prudentiel jouant un rôle d’autocorrection du capitalisme sans toutefois empêcher les sur et sous-investissements sectoriels, donc les crises – expansions/contractions -, causées par l’opération aveugle de la main invisible livrée à la logique de l’égoïsme de la propriété privée et à sa mentalité acquisitive. La fiscalité au départ progressive de l’Etat-providence permettait également l’intervention de l’Etat pour corriger les effets néfastes dus aux « esprits animaux » du capitalisme, selon la belle expression de Keynes.

Le détricotage se fit pan par pan. D’abord par une ouverture plus grande de l’annualisation des heures, ce qui ouvrait la voie à des ajustements au niveau de l’entreprise. Cette tendance s’avéra particulièrement dangereuse après la malencontreuse défaite électorale de la gauche plurielle. Ensuite, on modifia les règles pour les heures supplémentaires et l’on remplaça les subventions vertueuses pour la mise en place des 35 heures par des dispositifs ruineux d’aide aux entreprises sans la moindre contrepartie pour le monde du travail, à part une précarité croissante – CECI, emplois aidés, apprentissages bidons, recul de l’âge de la retraite, faible prise en compte de la pénibilité, généralisation de la précarité touchant désormais la grande majorité des emplois nouvellement créés. Ces mesures furent incapables de faire reculer le chômage malgré le maquillage des vrais chiffres. On s’inscrivait ainsi dans le cadre débile et débilitant du « contrat unique » de l’ineffable Jean Tirole. Les résultats en sont parfaitement lisibles dans la traduction italienne proposée par le Jobs Act de Gutgeld-Renzi, lesquels n’hésitèrent pas à poser la question si pertinente du point de vue des entreprises, à savoir : « quelle différence y a-t-il entre un CDI sans protection et un CDD ? ». Bien entendu, le CDD en question devint vite le voucher, forme explosive dominante de la précarité déshumanisée mais imposée de manière anti-constitutionnelle par ces gens-là. (8)

De cette manière on ne démantelait pas uniquement l’Etat social dont la constitution née de la Résistance déplaît tant à des JP Morgan et Cie. On tentait parallèlement de rétablir une cohérence systémique entre les trois grands rapports du MPC, soit les rapports d’exploitation, de distribution et de redistribution – ou rapports juridique larges- qui sont au cœur de tout système de reproduction socio-économique. Cette pseudo-cohérence philosémite nietzschéenne impose la déshumanisation de la force du travail, sa réduction à un simple facteur de production échangeable à merci sur le grand marché boursier global sur la base du seul salaire individuel.

Ainsi en vient-on à concevoir la mise au rencart de la majorité des citoyens travailleurs en les reléguant à un frauduleux « revenu universel » … de 350 à 500 euros mensuels selon le vieux calcul de Yoland Bresson d’ailleurs vite revu et corrigé par le ministre italien du travail Poletti à la lueur du Jobs Act à 320 euros mensuels!!!

Dans le marché global hégémonisé par la spéculation, le coût du travail, établi selon la nouvelle définition de l’anti-dumping entérinée par l’OMC en abstraction des droits acquis des travailleurs et des critères environnementaux, pouvait ainsi remplacer le coût de production. Ce choix talmudique-fasciste prend l’eau de toute part: en niant l’humanité du travailleur, il nie également les conditions nécessaires à la reproduction élargie du système. Répétons que le travailleur appartient à une espèce humaine caractérisée par la reproduction sexuée, de sorte qu’il doit se renouveler dans un ménage ce qui implique un revenu autre que le simple salaire capitaliste individuel. En imposant cette déshumanisation, ce capitalisme, une « fois encore » social-fasciste, crée fatalement sa propre tombe tout en cherchant à en éloigner l’issue par le recours crapuleux à la force ainsi qu’aux guerres externes et domestiques … préventives … contre les « gentilles » classes nouvellement désignées comme « classes dangereuses ».

2 ) La loi de modernisation sociale.

La réforme cruciale entérinée par le passage aux 35 heures concernait tout particulièrement les rapports d’exploitation réels et formels. Cela donna un contrat de travail spécifique à ce qui pouvait potentiellement devenir une nouvelle époque du capitalisme avancé en transition vers son dépassement incrémental. Sur cette base, la recherche de la cohérence systémique du système de reproduction porte à revoir certains aspects des rapports de distribution et des rapports juridiques larges – ou rapports de redistribution macro-économiques.

Ici aussi la Loi de modernisation sociale (9) posa des jalons importants de réforme démocratique révolutionnaire, que tous les gouvernements de droite comme du PS s’ingénient à défaire avec le plus grand mal après l’ « électrochoc » immérité de la défaite électorale de la gauche plurielle. Cette loi changea la donne en matière de licenciement et de sauvegarde de l’emploi. Elle renforça la représentation des travailleurs et les flux d’information obligatoires entre patronat et salariés afin de prévenir les licenciements, le cas échéant en intégrant le reclassement dans des plans sociaux visant la gestion rationnelle des basins de main-d’œuvre.

Ce faisant, bien que la logique néolibérale de la Lolf ait remplacé celle de la Commission au Plan, elle maintenait les principes de la planification stratégique en renforçant la hiérarchie des normes – secteurs, branches, entreprises. Elle tenta d’empêcher les licenciements boursiers et économiques sauvages. Elle prit des mesures nouvelles contre le harcèlement moral sur les postes de travail. L’augmentation du taux de suicide sur les lieux de travail en raison du stress provoqué par la déshumanisation accrue dérivant de la mise en place du micro-taylorisme et du contrôle permanent online montre bien l’importance de cet aspect innovateur de la Loi de modernisation sociale. En outre, en abrogeant la loi Thomas elle posait un des jalons nécessaires pour la sauvegarde du régime de pension par répartition – rendu plus sûr par les contributions sociales résultant de la chute du taux chômage de prés de 11 % à moins de 8 % grâce aux 35 heures, de même qu’à la consolidation de l’assiette fiscale nécessaire au gouvernement pour gérer la dette publique. Celle-ci tomba à moins de 59 % du PIB, octroyant une marge budgétaire supplémentaire au gouvernement. Ce dernier retrouva ainsi les moyens d’intervenir en tant qu’État stratège dans les affaires économiques et sociales du pays.

Ce choix préserva également la partie institutionnalisée de l’épargne assurant ainsi des circuits du capital plus vertueux. En outre, la création d’un Fonds de réserve pour les retraites – dilapidé ensuite par les gouvernements successifs sans aucune relation avec cet objectif – aurait permit, à terme, de concevoir une réforme encore plus profonde des retraites. Bref, ce fut une avancée considérable.

Certes, l’introduction des 35 heures dans le secteur hospitalier laissa à désirer mais la gravité de cette lacune serait vite disparue durant un deuxième mandat de la gauche plurielle, ne serait-ce que par le sérieux méthodique dont le Premier Ministre Jospin se réclamait et que jamais personne n’osa remettre en cause. Certes, l’annualisation du temps de travail réduisit quelque peu les gains déjà considérables en emplois découlant directement des 35 heures, mais ceci dans un contexte de relance de la croissance qui plus est socialement qualitative. (voir la section Commentaires d’actualité du site www.la-commune-paraclet.com , en particulier « Norme CDI ou précarité » )

La gauche plurielle avait réellement ouvert une voie pacifique vers une transition sociale poussée. Ce faisant elle avait choisi de privilégier une société humaine développant les personnalités de chacun par le temps libre gagné grâce au partage du travail socialement disponible entre toutes les citoyennes et citoyens aptes au travail, plutôt qu’une régression vers une société déshumanisante ne reconnaissant que la valeur du profit et encore en confondant désastreusement profit, intérêt classique et intérêt spéculatif au profit de la destructrice hégémonie systémique de ce dernier. Pour comprendre ce qui était enjeu du point de vue socio-économique et éthico-politique, il faut soupeser le sens de la reprise par Keynes de l’opuscule de Lafargue Le droit à la paresse, lorsqu’il envisageait le concept de la semaine de travail de 15 heures, en reprenant la vision du grand marxiste gendre de Karl Marx sans le citer. Selon Keynes, ce partage du travail était susceptible de mener à une société désaliénée accessible à ses petits-enfants du fait de la croissance séculière de la productivité. (10)

Or, depuis le gouvernement Raffarin jusqu’aux lois El Khomri et Macron, nous assistons au lent détricotage de la Loi de modernisation sociale. Ceci dans le cadre de la définition de l’anti-dumping à l’OMC qui fait abstraction du code de travail et des critères environnementaux minimum, mettant ainsi les travailleurs globalement en compétition les uns avec les autres sur la base du seul salaire individuel capitaliste. On privilégie donc le coût du travail abstrait du coût de production contre la nécessaire préservation des trois éléments du « revenu global net » des ménages. Outre, la directive Bolkestein qui porte aujourd’hui à l’injustice croissance touchant les salariés déplacés, les travailleurs européens sont ainsi mis en compétition potentielle directe, non seulement au sein de l’EU où les salaires varient de 4 euros à près de 50 euros de l’heure, mais également avec le ½ milliard de camarades Dalits – les soi-disant Intouchables – dont la longévité moyenne n’excède pas 40 à 42 ans !

Les 35 heures ayant été démantelées, reste à rendre les licenciements plus faciles, en restreignant le recours aux Prud’homme et la représentation syndicale. Ceci est encore aggravé par le renversement de la hiérarchie des normes menant à privilégier les contrats d’entreprises ainsi que l’explosion des emplois précaires et occasionnels, voire le gré à gré. (11) Il suffit de citer ici Oskar Lange, le malencontreux inventeur du soi-disant « socialisme de marché » ou encore« marginalisme socialiste ». Ce concept fut un temps utile à la constitution des démocraties populaires mais causa rapidement une désastreuse transition hors de la planification bolchevique classique, dite stalinienne, du fait de la surreprésentation philosémite nietzschéenne dans l’ex-URSS. Cette surreprésentation mena fatalement à la destruction interne de celle-ci, en particulier du fait du basculement de l’allégeance des surreprésentés après l’auto-proclamation de l’Etat d’Israël en 1948. L’universalisme républicain et communiste se vit ainsi miné par le retour de certains à l’idéologie criminelle de l’élection divine exclusive malgré la critique définitive de Marx dans la Question juive. Pourtant Oskar Lange était bien intentionné. Cependant, en considérant le marginalisme comme une science universelle donc applicable au socialisme, il se montra intellectuellement victime de la série de falsifications du marxisme entrepris par Böhm-Bawerk, Bortkiewics, Tougan-Baranosvky et al., ce qu’aucun vrai marxiste n’avait fait jusqu’alors, ni Lénine, ni Boukharine, ni Mao, ni Gramsci, ni Althusser.

Notons qu’« En discourant de la supériorité de la démocratie socialiste Oskar Lange se préoccupait surtout de réfuter les accusations de von Mises et d’Hayek (Road to serfdom ainsi les autres arguments démagogiques et creux de cet ordre.) Lippincott synthétise ainsi son argument :

« Si l’égalité est une caractéristique fondamentale de la démocratie, il en va de même de la liberté. Dans ce domaine également une économie socialiste s’avère être en plus grande harmonie avec la démocratie qu’une économie capitaliste. Car du fait d’une distribution plus égalitaire des revenus, la liberté de choix des consommateurs sera plus libre. Alors que dans une économie capitaliste plusieurs doivent choisir entre un manteau et une paire de souliers, dans une économie socialiste la plupart pourront choisir entre une radio et un téléphone.

On rétorquera sans aucun doute que la propriété publique d’une grande partie de l’industrie ouvre la voie à la dictature. Le corollaire de cet argument voudrait que la propriété privée soit un rempart contre la tyrannie. La critique spontanée de ces arguments pointera certainement au fait que la forme de propriété en elle-même, qu’elle soit publique ou privée, ne saurait promouvoir ni empêcher la liberté. Ce qui est crucial est le caractère de l’autorité en charge de l’administration, ou bien la façon dont l’exercice de cette autorité est contrôlée.

(…)

Aujourd’hui s’il est un lieu où cette tyrannie prévaut c’est bien au sein des Etats démocratiques dans lesquels prévaut la propriété privée de l’industrie. Là le pouvoir est exercé de manière autocratique et sans état d’âme. Il est vrai que la propriété privée des moyens de production empêchera que le gouvernement ne tyrannise l’industrie ; en même temps, elle permet à l’industrie de dominer le gouvernement et de tyranniser les ouvriers. Du fait de cet état de choses, la propriété gouvernementale des industries essentielles mises en place par un gouvernement démocratique offrira le moyen de supprimer l’autocratie au sein de l’industrie. » (Op. cité, 32-33. C’est moi qui traduis.)

L’argumentaire de Lange porte ensuite sur l’autorité administrative – la bureaucratie. Elle se doit d’être responsable et de s’en assurer en institutionnalisant la consultation entre le management et les travailleurs :

« Une industrie socialisée travaillerait sous l’œil du public qui aurait accès aux documents. Il est peu d’autres mesures à même comme celle-ci pour assurer la responsabilisation des diverses instances. Là où l’industrie est publique, les mesures relevant du calcul économique, toutes approximatives qu’elles puissent être, sont réellement possibles. Ceci assurerait l’efficacité ainsi que la responsabilité. » (idem p 34)

Lange ajoute que ceci mènerait à une réelle méritocratie dans le cadre de l’égalité salariale en lieu et place de la pseudo-méritocratie bourgeoise. » (12)

3 ) Démocratie formelle vs démocratie socialiste.

Il suffit d’ajouter que ce retour philosémite nietzschéen advient en parallèle avec une tentative de faire disparaître la conscience de classe des classes laborieuses. On tente désormais de légitimer en Europe les inepties de Seymour Lipset, de Sydney Verba et autres sur le supposé manque de pertinence des classes sociales et de l’éventail politique droite-gauche, tentative par moi dénoncée depuis longtemps, par exemple dans mon Tous ensemble. Ceci prend aujourd’hui des allures concrètes aux relents censitaires et totalitaires de plus en plus prononcés. Par exemple, le contrôle bourgeois des mécanismes de la représentation parlementaire – modes de scrutins, circonscriptions électorales, choix des candidats, financement des partis, rôle des médias privées etc – l’absence de réelle démocratie sociale et participative – avec les dernières remises en cause des relations industrielles caractéristiques de l’État social, et la manipulation de la peur – création artificielle d’ennemis islamistes et autres par la doctrine de la guerre préventive et le clonage du Patriot Act, ce qui contrevint à toute l’histoire du développement européen et mondial vers l’affirmation des droits fondamentaux, tant sociaux qu’individuels.

Je dénonce depuis longtemps ce retour abominable à un social-fascisme, qui d’ailleurs ne pourra que mal finir. Il s’agit en réalité d’un nouveau philosémitisme nietzschéen. Heureusement, quelques langues commencent à se délier pour éviter le pire mais sans toujours savoir apprécier les deux contributions majeures et incontournables de Marx, soit sa critique définitive de l’exclusivisme et la loi de la valeur marxiste.

Ainsi dernièrement le sociologue Boaventura de Sousa Santos, prenant acte des destructions néolibérales monétaristes imposées à son pays, n’hésite plus à parler de retour à un « fascisme social » (13)

C’est une optique intéressante qui oppose la démocratie formelle à la démocratie actionnariale pour proposer une « démodiversité » dont on aimerait savoir un peu plus. Pour ma part, faisant la différence entre partis et groupes d’intérêt, entre société politique et société civile, je serais plus tenté de définir la forme spécifique de démocratie représentative en question, en parallèle avec les formes de démocratie participative et de démocratie économique et sociale envisageables. Ceci porterait à ce que j’ai appelé la « démocratie socialiste ». Cette dernière est l’enjeu véritable de la lutte de classe, du moins si l’on veut envisager une transition émancipatrice de l’Humanité vers le dépassement de l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Voici déjà des années, en revenant à Marx, j’ai résumé le débat comme suit : Toutes les analyses du fascisme jusqu’à moi sont incomplètes ou simplement puériles sinon cachottières – par exemple, celle fortement teintée de sociologie économiciste de F. Chabod ou même celles du Comintern. Tout tient dans l’occultation plus ou moins consciente de l’évidence, à savoir le caractère philosémite nietzschéen d’origine.

Lorsque le mode de production capitaliste se trouve pesamment confronté à ses contradictions principales, la fable bourgeoise de la démocratie représentative, c’est-à-dire celle de l’égalité formelle des citoyens se trouve confrontée aux inégalités et aux discriminations croissantes. Elle est alors implacablement remise en cause avec ses instances de légitimation dont la « méritocratie » de service des classes moyennes selon Max Weber. Les vielles lunes de la domination de l’Homme par l’Homme reprennent alors le pas sur le libéralisme classique et la démocratie formelle, y compris la prétention de la juste valeur du revenu imparti à la force de travail au prétexte qu’elle serait établie par le prix de son renouvellement sur un marché concurrentiel. Bien entendu sans jamais dire le moindre mot sur l’appropriation de la plus-value. En d’autres termes, la démocratie bourgeoise reste plausible tant et aussi longtemps que les processus de distribution microéconomique et de redistribution macroéconomique fonctionnent pour assurer au minimum la survivance des citoyens sans chômage de masse.

Ce petit jeu régressif bourgeois commença très tôt. Il se manifesta déjà lors des batailles pour la conquête du suffrage universel exprimé dans le secret des urnes. Cette première victoire du prolétariat provoqua d’ailleurs la peur viscérale des élites. Par ex., celle d’un Michels, tirant les leçons de la hantise de la force démocratique du nombre énoncée par un Nietzsche durablement épouvanté par l’avènement de la Commune de Paris, qui vérifiait à ses yeux la logique scientifique de Marx.

La parade fut trouvée en développant le pluralisme politique bourgeois fermement placé sous le contrôle de la propriété privée et de ses Appareils d’Etat, y compris par le biais du financement des partis, le choix des dirigeants, le rôle des médias sans parler de l’encadrement par la constitution bourgeoise. A ceci s’ajouta la fable de la « méritocratie » bourgeoise inventée par Max Weber pour mieux coopter les classes moyennes – donc en principe plus éduquées dans un système éducatif de classe – au sein de la « rationalité bureaucratique » nécessaire au bon fonctionnement du système.

A ce prix, il fut possible de passer de la démocratie censitaire libérale classique au contrôle exercé par le pluralisme politique bourgeois. De plus en plus ceci prit la forme d’une démocratie d’actionnariat, une dérive aujourd’hui confirmée dans le cadre d’une « private global governance » prétendant tout simplement remettre en cause la souveraineté des peuples et donc celle de l’Etat-nation sur laquelle elle repose, ou plus exactement de la République comme forme d’Etat de citoyens à part entière.

Nous sommes donc bien entrés dans une phase aigüe de surreprésentation et de fausse représentation. La différence avec le corporatisme bourgeois fasciste des années 20 et 30 tient dans le fait que les auto-élus d’aujourd’hui sont transnationaux. Ils tentent de contourner entièrement la souveraineté populaire en allant jusqu’à vouloir effacer leur propre appartenance à une République spécifique, coupable de vouloir concrétiser le partage d’une Histoire et d’un avenir communs allant dans le sens de l’émancipation générale de l’Humanité entière. Ce qui dévoile bien le caractère proprement monstrueux et autodestructeur de cette auto-proclamation comme « maîtres du monde » placés au-delà du bien et du mal et, bien entendu, au-delà de la souveraineté citoyenne.

On pourrait interpréter la « démodiversité » de Sousa Santos comme une gauche plurielle démocratique réformiste révolutionnaire sans devoir refaire tout Maurice Duverger, ni nier les avancées du contrôle démocratique initialement insufflé par le centralisme démocratique. Les faits historiques et théoriques nous apprennent qu’il y eut des clubs politiques émergeant de la société civile mais visant l’intérêt général. Puis, avec la consolidation de la domination bourgeoise des partis politiques, suivie par l’émergence d’une démocratie sociale avec la reconnaissance des syndicats, vint la série de conquêtes populaires décrites dans les écrits historiques de Marx relatifs à la France ; enfin, nous eûmes la reconnaissance formelle du rôle des groupes de pression. Nous savons aujourd’hui que la majorité des syndicats est cooptée par le système et que bien des groupes de pression ne survivent que par l’octroi de fonds publics, ce qui les portent inconsciemment à une certaine autocensure. Ils sont promus lorsqu’ils partagent le même « mind set », autrement, le plus souvent, ils galèrent.

Il reste pourtant l’idée de la démocratie sociale avancée ou mieux encore de la démocratie socialiste, laquelle devrait prendre le pas sur la démocratie représentative formelle. Ceci en démocratisant le lieu bourgeois totalitaire par excellence, à savoir le monde de la production microéconomique et de la reproduction macroéconomique aujourd’hui soumis à la tyrannie de la propriété privée – et le cas échéant de la propriété publique placée dans les mains de l’Etat-patron bourgeois. Lorsque la propriété devient collective, du moins principalement sous la forme d’entreprises d’Etat, de coopératives et de planification socio-économique à divers niveaux, alors le pouvoir décisionnel – c’est-à-dire le cœur de la démocratie en acte – change du tout au tout puisque ce pouvoir revient de droit au peuple et non à de vulgaires auto-élus s’accaparant de la plus-value sociale. En ce qui concerne la « démocratie socialiste » voir le Chapitre sur Cuba dans mon Pour Marx, contre le nihilisme ainsi que les élaborations offertes dans la section « Pour le socialisme cubain » dans www.la-commune-paraclet.com

Dans mon Tous ensemble j’ai tenté de clarifier la relation entre réforme et révolution en proposant le concept de démocratie socialiste vue comme dépassement historique – et non pas simple négation – de la démocratie formelle bourgeoise. Dans l’optique de la reforme révolutionnaire, ceci nous renvoie à la constitution et à la gestion commune des fonds sociaux décrits par Marx dans son livre essentiel intitulé Critique du programme de Gotha. On se reportera également à la contribution budgétaire de Che Guevara dans son article de février 1964. Une version de cette stratégie d’institution de fonds collectifs fut reproposée de manière magistrale par le Plan Meidner d’origine instituant les Fonds ouvriers en Suède. Sans rien bousculer, sauf le flux de la plus-value sociale, l’accumulation de capital social enclenchée par ces fonds Meidner ou Fonds Ouvriers, aurait permis le rachat de la propriété privée et sa transformation en propriété collective en très peu de temps. Ceci aurait également changé le bon sens commun de la majorité des citoyens en faveur du socialisme démocratique, ce qui me poussait à dire dans mon Tous ensemble que « le temps de Carmaux est arrivé ». Le Plan Meidner provoqua la hantise de la bourgeoisie suédoise et sa suicidaire tentative philosémite nietzschéenne de retour en arrière. L’enjeu est bien de savoir à qui appartient le profit, à savoir la plus-value issue du sur-travail. Adam Smith l’admettait déjà : La propriété privée ne contribue rien à cette extraction-là. Il ajoutait : « Le capitaliste aime récolter là où il n’a jamais semé » (Richesse des nations, ed. Sutherland, 1993, p 47 )

L’avenir de l’émancipation religieuse, politique et humaine reste bien la conquête en devenir du « roman inachevé » qu’est la démocratie socialiste.

4 ) Mais au fait comment se fait-il que la gauche plurielle perdit les élections ?

Au lendemain de la défaite, le candidat à la présidentielle M. Jospin, à qui est due en très grande partie la belle expérience de la gauche plurielle à contre-courant de la déferlante néolibérale-monétariste, parla d’ « électrochoc ». Bien entendu, il y eut la dialectique de la différenciation et de l’unification des composantes de la gauche plurielle qui n’a pas fonctionné comme prévu parce que personne n’avait envisagé que M. Jopsin ne soit pas présent au second tour. Dans les derniers jours de campagne, le PS disposait de quelques chiffres alarmants mais n’appela pas à la discipline. La question des minima sociaux poussa à plus de différenciation dans l’espoir de peser sur un second mandat dans le cadre de cette mauvaise appréciation des effets du mode de scrutin présidentiel. Le plus grave me semble-t-il fut cependant le manque de persuasion de nombre de membres du PS peu enclins à aller dans le sens méthodique socialiste de M. Jospin, ce qui se vérifia immédiatement par le peu d’empressement du PS à défendre le bilan pourtant exemplaire de la gauche plurielle. Le PS était déjà en grande partie social-libériste à la Hollande et n’appuya le Premier Ministre Jospin que par sa volonté opportuniste de rester au pouvoir …

Malheureusement, le gouvernement Jospin ne dura pas assez longtemps pour changer la donne au sein d’un PS encore largement marqué par le revirement social-libériste mitterrandiste de 1983. Bien que la gauche plurielle sut se tenir à l’écart de la guerre préventive et de ses abominables fabrications de conflits armés civilisationnels, elle ne dénonça pas les trop nombreux pitres – d’autres parlent plus directement d’ « agis » – philosémites nietzschéens qui prétendaient s’ériger en « hussards ( inégalitaires ) de la République » dont ils concevaient même la laïcité comme une « idéologie comme une autre » (sic!). Je constate que je fus le seul à le faire, les autres, au mieux, se contentèrent prudemment de suivre ATTAC dans ses dérives alter-whatever! « Anti », ce n’est plus bon chic, bon genre …

En d’autres termes, sans une direction authentiquement socialiste dans le sens du respect du matérialisme historique – anti-exclusivisme et loi de la valeur – la stratégie du réformisme démocratique révolutionnaire, consistant à privilégier ordinairement la direction plutôt que la vitesse, n’est simplement pas possible. La Bataille des Idées reste cruciale. Je rappelle l’exemplaire analyse de Gramsci portant sur la contre-hégémonie déjà construite au plan culturel et scientifique, ce qui rendit possible la catalyse politique incarnée par la Révolution française. Aujourd’hui qui, à part moi, ose critiquer l’exclusivisme donc l’attaque contre l’égalité humaine sans laquelle il ne saurait y avoir aucune démocratie possible ne serait-ce que formelle ? Et qui défend la science économique par moi rétablie contre toutes les narrations bourgeoises, en particulier marginalistes ?

Les résultats des élections présidentielle et législatives de 2017 en France font parfaitement ressortir trois éléments :

1 ) Les citoyens ne tolèrent pas longtemps la surreprésentation doublée par la fausse représentation ; ils peuvent être dupes mais le retour du bâton n’en est que plus rude. Le PS de fieffés renégats post-Jospin paie naturellement le prix de ses reniements accumulés, celui de 1983 et celui de l’odieuse manipulation du discours du Bourget par un certain Hollande va-t’en-guerre à la G. W. Bush junior.

2 ) L’abstention record à 25,44 % au second tour de la présidentielle et à 58 % aux législatives montre bien que les citoyens ne font aucunement confiance à un gouvernement placé sous la dominance directe des banquiers et d’un Rothschild enfui en Angleterre lors des nationalisations mitterrandistes.

3 ) Quant aux pitres de la « nouvelle philosophie » et de la « nouvelle économie », c’est-à-dire les maîtres narrateurs des bases idéologiques de cette hégémonie-là, ils n’ont plus aucune force de persuasion intellectuelle ou éthico-politique. Leurs narrations, souvent aux effets délibérément meurtriers, sont maintenant frontalement niées par les faits quotidiens. Leur cycle est terminé bien qu’ils s’attardent, victimes de leur propre illusion (« Hi-Han! » avertissait leur maître Nietzsche). Le retour du bâton sera en proportion des dégâts qu’ils ont causés.

Il convient parfois de savoir transformer les défaites d’une certaine gauche en opportunité pour la gauche authentique, c’est-à-dire loyale à la science et donc au marxisme. De ce point de vue, la trahison de Hollande et l’élection de Macron et de sa macronie sont un mal pour un bien. En effet, tous les socio-fascistes sont faits à l’image de von Mises et de ses disciples. Pour eux, la présence de l’Etat minimum est encore de trop ; il y a toujours des traces de « socialisme » partout, pour socialisme lire « intervention de l’Etat dans l’économie ». Cet aspect réactionnaire est parfaitement énoncé dans le livre du philo-sémite nietzschéen von Mises intitulé « Socialism : An Economic and Sociological Analysis » (1951) (14) qui fit renaître les idées sociales-fascistes après guerre dans le contexte de la guerre froide, fondant ainsi ce qui deviendra la public policy néolibérale et monétariste qui déferla avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et de sa clique du Committee on the present danger.

Un exemple entre tous : dans ce torchon social-fasciste, le pitre juif-austrichien von Mises soutient que la maladie dans les classes populaires est directement causée par la mise en place du système de santé publique, car autrement ce ne serait qu’une affaire de volonté apparentée aux lubies holistiques assez proches de celles du suprémaciste sud-africain J. C. Smutz! Empiriquement, les faits (marginalistes ) donnent raison à ce type, du moins en considérant le sort fait au demi-milliard de camarades Dalits qui, bien entendu, n’ont pas le loisir d’être malades et qui ont même la politesse de ne vivre en moyenne que 40 a 42 ans, en mourant sans faire trop de bruit, et sans nécessiter de testaments biologiques tentant de légitimer l’euthanasie pour ceux et celles qui ne peuvent pas payer leurs frais médicaux en fin de vie.

La vraie peur panique de von Mises a la même origine que celle de Nietzsche et sa hantise du nombre dans le contexte du devenir humain. En particulier, von Mises craignait le rôle ne serait-ce que smithien de l’Etat moderne, c’est-à-dire démocratique. Cette peur reposait sur l’expérience indéniable de la planification de guerre allemande durant la première guerre mondiale. Elle démontra l’extrême efficacité dans l’utilisation des ressources disponibles. De là son télescopage ontologique entre planification et socialisme. Les inepties déshumanisantes et économiquement contre-productives nient le substrat social et politique de tout système économique lequel devient entièrement décontextualisé – disembbeded – selon le mot de Karl Polanyi dans son livre la Grande transformation. En transformant le facteur travail en facteur liquéfié sous forme argent joué en bourse au niveau global et de surcroît dans le contexte de la finance spéculative hégémonique, ces sociaux-fascistes transversaux sont désormais aller aussi loin qu’ils le pouvaient. Ils ne peuvent plus se défausser sur le manque de concurrence alors que les faits démontrent à l’envie que c’est bien cette concurrence « libre et non faussée » mais décontextualisée qui constitue la racine du mal dans un système de propriété privée abandonnée aux mécanismes pervers et gaspilleurs de la « main invisible ». Comparez le « crowding out » des LTRO et autres QE avec leur « credit crunch » chronique à celui étatique jadis dénoncé par l’ineffable Laffer sur une serviette de table! L’heure des comptes à rendre approche à grands pas !

Paul De Marco

Copyright © La Commune Inc, 17 juin 2017

Notes :

1 ) Ce texte est disponible dans la Section Economie Politique Internationale/International Political Economy du site www.la-commune-paraclet.com

2 ) Jugez-vous même en vous reportant au texte suivant : « Réformes démocratiques révolutionnaires ou lamentable Rossinante du réformisme. » dans Tous ensemble, section Livres-Books , idem.

3 ) Cela concerne aussi l’écologie bourgeoise et son esprit antiscientifique primaire inspiré directement par les réactionnaires de l’Establishment américain d’après guerre ainsi que prouvé par le Report from the Iron Mountain, dont John Galbraith avait confirmé l’authenticité sur son honneur dans une préface. Aujourd’hui on sait le rôle réactionnaire fascisant d’un von Mises et de la Société du Mont Pélerin. Les rédacteurs du rapport mentionné allaient dans le même sens, celui de la fabrication de narrations propres à instrumentaliser la peur en créant de toute pièce des nouveaux péchés originels, surtout à l’attention des « gentils », des hantises et des ennemis contre lesquels mobiliser les masses. A part Burke, Nietzsche et Heidegger, un de leur maître à penser fut Carl Schmitt, le juriste nazi. Repris aujourd’hui, ces gens-là ont inventé les guerres de civilisation avec la doctrine, aussi illégale que criminelle, de la guerre préventive et des ses Patriot Acts et autres états d’urgence liberticides pérennisés pour mieux palestiniser les prolétariats du monde entier. Il suffira de dire ici que les narrateurs climatologues font abstraction de tout ce qu’il importerait savoir dans le domaine: les effets de la précession des équinoxes, ceux de la chimie de haute atmosphère, ceux des courants marins, ceux des plaques tectoniques, ceux des cycles solaires sans parler de la force de Coriolis, du magnétisme et sur l’utilisation du « papillon de Lorentz » en abstraction de la première page du calcul vectoriel selon laquelle des forces contraires d’égale valeur s’annulent. Leurs prescriptions visent uniquement à imposer le programme du Club de Rome et de la Trilatérale dans les nouveaux oripeaux de l’« empreinte écologique » – à savoir, mettre fin aux « rising expectations of the workers and citizens », provoquer le retour à la « deference to (self-proclaimed ) Authority » etc, ce qui, via le démantèlement de l’Etat et de ses interventions publiques, porte au délitement inexorable des territoires et de la santé publique. Et à la soumission du principe de précaution aux impératifs du capital spéculatif. L’analyse scientifique objective porterait au contraire à ce que j’ai appelé l’écomarxisme, ce qui suppose la résolution du faux problème ricardien de la rente et celle de la productivité dûment intégrée dans les Équations de l’équilibre dynamique autrement dit, en termes marxistes, dans les Équations de la Reproduction Simple et Élargie. Je renvoie à mon Défi aux écologistes et à mes Keynésianisme, Marxisme, Stabilité Economique et Croissance et Précis d’Economie Politique Marxiste respectivement accessibles les sections Commentaires d’actualité et Livres-Books.

4 ) Pour la négation de mon droit de réponse de la part de vulgaires sur-représentés ne sachant même pas ce qu’est une fonction de production scientifiquement fondée, voir: http://rivincitasociale.altervista.org/negation-de-mon-droit-de-reponse-odieuse-censure-philosemite-nietzscheenne-en-france-et-au-journal-le-monde/

5 ) On se reportera pour la démonstration à mon Introduction méthodologique ainsi qu’à mon Précis déjà cité.

6 ) Voir « Dettes publiques et inepties marginalistes : le cas italien », 3 mars 2017, dans la catégorie Economia de http://rivincitasociale.altervista.org . Pour les 99 % la première mention se trouve dans mon livre III (2005) intitulé Keynésianisme, Marxisme, Stabilité Economique et Croissance. (Utiliser dans la fonction rechercher.). Tous ces textes sont librement accessibles dans la section Livres-Books de www.la-commune-paraclet.com

7 ) Pour ce retour voir déjà mon Tous ensemble. Ma critique à Piketty est disponible dans la section Critiques de Livres-Book reviews. Dans une note enfouie en pied de page au milieu d’un livre de plus de 900 pages, ce faussaire que ses maîtres ont voulu faire passer pour un nouveau Marx (!) admet tout bonnement que ses ratios – parétiens à rabais – illustrant l’inégalité des revenus ne tient pas compte des instruments de la finance spéculative !!! Mais ce genre de prétentieux et fallacieux récit statistique mondial, faussé dès le départ car destiné à créer un nouveau sens commun de la perception de l’inégalité à l’époque de la spéculation hégémonique, enrichit son homme. Pourtant, je doute que ce livre indigeste ait été lu par beaucoup de ses besogneux et empressés commentateurs, de gauche comme de droite. Je fus le seul à attirer l’attention sur cette fâcheuse note en bas de page, à croire que les autres se sont contentés prudemment de la quatrième de couverture.

8 ) Pour le Jobs Act on se reportera aux textes disponibles dans la catégorie Lavoro du site http://rivincitasociale.altervista.org

9 ) Voir: http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank/download/2001455DCdoc.pdf ainsi que https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_modernisation_sociale#Chapitre_Ier_:_.C3.89tablissements_et_institutions_de_sant.C3.A9 ; e https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000408905&dateTexte=&categorieLien=id

10 ) Voir Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants, dans https://www.les-crises.fr/keynes-perspectives-eco/ , voir aussi Paul Lafargue, Le droit à la paresse, dans https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm

11 ) Sur la régression du code du travail voir: a) « Loi travail? Chapeau bas à M. Gérard Filoche » dans la Catégorie Lavoro de http://rivincitasociale.altervista.org ; b) Un Code du Travail déjà rongé par les exigences patronales, Kareen Janselme, Loan Nguyen et Cécile Rousseau, Jeudi, 15 Juin, 2017, L’Humanité http://www.humanite.fr/un-code-du-travail-deja-ronge-par-les-exigences-patronales-637433

12 ) Concernant le « marginalisme socialiste » de Oskar Lange on se reportera aux textes accessibles dans la Section Economie Politique Internationale de www.la-commune-paraclet.com.

13 ) “Benvenuti nell’epoca del fascismo sociale” Il neoliberismo ha sdoganato la legge del più forte. E così siamo tornati alla giungla. La critica del grande sociologo Boaventura de Sousa Santos, di Giuliano Battiston, 05 giugno 2017 http://espresso.repubblica.it/internazionale/2017/06/05/news/benvenuti-nell-epoca-del-fascismo-sociale-1.303106?ref=RHRR-BE

14 ) voir https://mises.org/library/socialism-economic-and-sociological-analysis . Voir également le rôle de la Société du Mont Pélerin. Pour ce qui est du Committee on the present danger voir: https://en.wikipedia.org/wiki/Committee_on_the_Present_Danger

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