Monnaies locales, crédit et consommation, 05-09-2018.

Posted: 5th settembre 2018 by rivincitasociale in Commenti rapidi
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Commentaire rapide à « Quel avenir pour les monnaies locales ? » Par Estelle Nguyen  |  05/09/2018, 7:10  |  1418  mots https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/quel-avenir-pour-les-monnaies-locales-789214.html

Jusqu’ici j’avais toujours associé les monnaies locales à la « Canadian Tire money » ce qui est réducteur. Remettant l’ouvrage sur le métier, je reste convaincu qu’il convient, ici aussi, établir une distinction très claire entre monnaie et crédit. (1)

Les monnaies locales gouvernementales illustrent uniquement les contradictions de la planification centrale, territoriale et communale. Normalement, en privilégiant le secteur public cette dernière renforce le multiplicateur local. Le monétarisme libériste actuel est la cause de ces contradictions socio-économiquement nocives.

A Riace, en Calabre, nous disposons d’un bel exemple d’utilisation d’une monnaie locale. Elle a pour but de contrer les retards de paiements chroniques de l’Administration Publique, tout en palliant ses pressions anti-démocratiques et idéologiques plus ou moins sournoises du fait de sa courageuse politique d’accueil et d’intégration des immigrants . Son rôle consiste à anticiper les fonds payés en retard ce qui permet à l’économie locale de fonctionner sans à-coups. Lorsque les fonds arrivent, on échange simplement la monnaie locale en euros. Ce mécanisme confirme ce qui est écrit plus haut.

Un cas typique impliquant le secteur privé est la Canadian Tire money : des points accumulés comme ristournes à l’achat et pouvant ensuite être utilisés comme paiement – en remplacement de la monnaie nationale ou en complément avec elle. Il s’agit là d’un truc publicitaire visant à fidéliser la clientèle. Au niveau local ce stratagème est cependant plus rentable que la publicité elle-même et contribue en tout état de cause à la renforcer. Mais l’impact est très limité. On ne peut pas fonder le développement économique local là-dessus.

Par contre, cette monnaie locale pourrait jouer un rôle économique important comme crédit. En effet, près de 60 % des investissements se traduisent en masse salariale. Une partie du salaire pourrait donc être payé en monnaie locale – par exemple, en abondant une carte de crédit spécial. Cette part du salaire ou bonus pouvant être calculée en ajoutant une majoration pour tenir compte des gains engendrés par le multiplicateur local. Ce bonus pourrait uniquement être dépensé localement.

Dans un tel cas de figure, ce serait plus sérieux et cela aurait le potentiel de favoriser les investissements productifs et la consommation. Comme au temps du cloisonnement fonctionnel entre banques de dépôts, banques commerciales, assurances et caisses populaires ( ou « credit unions » dans les pays anglo-saxons ) ceci permettrait de soustraire une partie du crédit à la spéculation hégémonique. Bien entendu, la meilleure solution serait une banque ou caisse publique locale qui procèderait aux investissements publics ou para-publics, mais les deux sont compatibles.

Pour magnifier le multiplicateur local, on pourrait fixer deux seuils de contenu, le premier seuil national serait évidement plus élevé que le seuil local, disons respectivement 70 % et 50 %. Ces seuils concerneraient la résidence des entreprises ou commerces, non leur nationalité ; ils fonctionneraient ainsi comme facteurs de localisation sans causer aucune discrimination, en particulier au sein de l’espace européen.

Les touristes pourraient également abonder sur place une carte de crédit spéciale en monnaie locale avec une ristourne sur le taux de change du jour.

Mais du coup les institutions de surveillance, dont la Banque de France, seront obligées de développer des succursales locales pour encadrer le phénomène. On renforcerait ainsi le pouvoir d’investissement des communautés locales. De même nous disposerions de bonnes statistiques relatives au multiplicateur. Il suffirait d’ajouter le nom de la localité ou région à l’euro – ex-euro-Paris ou euro-Nancy ou euro-Nice, etc. – pour obtenir l’effet local et le contrôle national désirés sans aucune balkanisation monétaire. Bien entendu, il n’y aurait pas de convertibilité en euro – le point sur le blanchiment de l’argent souligné dans l’article est très pertinent – sauf via l’institution de contrôle locale ou encore par le biais des filiales de banques ou institutions accréditées.

On reprendrait ainsi contrôle d’une partie du crédit pour les investissements productifs dans un contexte délétère de « credit crunch ». Si ceci était fait dans le sens des coopératives – voir Tous ensemble (2) – alors l’impact serait très positif. Les municipalités et collectivités territoriales de gauche devraient prendre les devants. Agir au niveau de la production – crédit – pour favoriser la consommation, pas le contraire.

Paul De Marco

Notes:

1 ) Je renvoie à mon Précis d’Economie Politique Marxiste pour cette distinction essentielle. Elle permet de reformuler scientifiquement les problématiques des inflations/déflations, celles de la structure bancaire et financière ainsi que celle concernant la gestion rationnelle de la monnaie d’une part et du crédit d’autre part par la Banque centrale . Cette dernière devrait d’être entièrement publique. Elle seule devrait pouvoir financer la dette publique et para-publique – à part les monnaies locales. Les taux d’intérêt directeurs devraient uniquement concerner la consommation, l’allocation rationnelle du crédit devant se faire par la modulation des ratios prudentiels des banques dans l’optique de la symétrie proportionnelle intersectorielle mise en cause par les Equations de la Reproduction Elargie, c.à.d., par l’équilibre dynamique.

2 ) Librement accessible dans la section Livres-Books de mon ancien site www.la-commune-paraclet.com . J’y affirmais « Le temps de Carmaux est venu ! ». Le virage philosémite nietzschéen et libériste du PS après la malheureuse défaite de la « gauche plurielle » a mis fin temporairement à cette évolution. En tandem avec les Fonds ouvriers ces coopératives avaient le potentiel de transformer la base sociologique et donc politique de la France et de l’UE . Cette dernière aurait alors eu la possibilité de progresser vers une Europe sociale fondée sur l’Europe des Nations. Les dérives philosémites fascisantes actuelles ont leurs origines dans le coup d’arrêt causé par les renégats du PS et autres semblables à « gauche ».

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